• Amelie Pelletier

Je me souviens



Cette nuit-là, la pluie chantait avec le toit et la fenêtre ; et je me souviens avoir glissé ma tête sous l’oreiller. Une super nova a déchiré un beau ciel bleu. Cela ressemblait à de gigantesques bulles de savon brillantes qui n’éclatent pas et volent avec lourdeur.


Je me souviens avoir ressenti, au cœur de ma poitrine une chaleur un peu humide, ainsi que le poids des draps et de la fatigue. Une fatigue qui a murmuré : « Dors… ».


Je me souviens avoir été tirée de mon sommeil par le frottement de petits pieds sur le sol.

Les yeux clos, je devine la direction des pas, je soulève les draps, l’enfant grimpe et se colle à mon corps. Je m’enivre de son odeur qui doucement me réveille.

J’attends que sa petite main épouse ma joue. Comme un pas de danse connu de nous deux, à son tour, ma main se love contre sa joue.

Mes paupières se lèvent sur une brume matinale. J’entrevois les deux yeux brillants et le bout de langue de l’enfant qui tétouille ses lèvres rondes et charnues, puis caresse à nouveau ma joue.

Dans les limbes de mon réveil, elle ressemble à une corolle rose entourée de pétales verts.

Je me souviens avoir pensé qu’était belle, que j’aimais la tendresse de ces minutes suspendues qui permettent d'abandonner plus sereinement la chaleur des draps froissés et le poids de la fatigue.


Au fil de la journée, j’ai réveillé un vieux souvenir. Assise sur le toit d’une case en terre, dans le désert, j’écrivais un poème.

Je ne me souviens plus de l’endroit où, un jour, j’ai rangé le carnet dans lequel dorment ces mots recouverts du voile ténébreux de ma mémoire. Tant de pays, de déménagements, de cartons.

Je me souviens avoir entendu une rime entre cartons et papier crépon, puis réagi au tintement des échalotes coupées lorsqu’elles sont tombées dans le bol.

Je me souviens avoir regardé par la fenêtre, vu l’aura translucide d’un chêne, et penser que j’aimais la palette de couleurs de ce jour de pluie et de vent qui fait plier les arbres.


Je me souviens avoir refermé le livre sur le mot ange, glissé ma tête sous l’oreiller, écouter la pluie tomber, penser que je devrais étoffer mon vocabulaire puis…plus rien.

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