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  • Amelie Pelletier

Mon corps, mon temple

Des semaines, des mois que je tourne en rond avec cette image. Qu'ai-je envie/besoin d'exprimer qui n'a pas déjà était dit par d'autres femmes?

Ce matin, j'étais en train d'écouter le podcast Vlan dans lequel Lili Barbery-Coulon est l'invitée.

J'écoute. J’acquiesces. Je fais la moue par moment. Je me dis que nos points communes sont présents tout autant que nos différences. Contrairement à moi, elle dit, elle exprime, elle partage, elle propage. Voilà ce que m'a frappé ce matin...moi aussi j'ai eu envie de lâcher ce point de vue parce que j'ai pensé que peut-être ma voix avait aussi son importance...qu'elle n'était peut-être pas si négligeable que je pense.



J'ai partagé cette image ce matin sur mon compte instagram blackandwax qui correspond d'une certaine façon à ma petite voix intérieure. Je n'y ai pas mis la moitié de ce que je souhaitais dire. Mon brouillon disait aussi cela:

Porter un bikini, je l'ai peut-être fait trois ou quatre fois dans ma vie, histoire d'oser, de faire comme les autres ou comme un remède pour me sentir plus jolie. Mais riquiqui bikini, tu n'as jamais été fait pour moi car avec toi je me sens nue comme si je portais une robe de tulle sans rien d'autre que cette étoffe transparente sur ma peau. Même porter un maillot de bain une pièce est intérieurement un challenge pour moi...mon corps se raidit, je me sens vulnérable, je garde le contrôle, je bloque ma respiration et je ne la reprends que lorsqu'enfin l'eau m'habille et par la suite ma serviette ou mon vêtement.

Ce sentiment m'interroge depuis tant d'années....à quel moment ma relation avec mon corps est devenue aussi fragile que l'équilibre du funambule sur son fil au-dessus d'une falaise?

Pourquoi est-il si compliqué d'apprivoiser ce temple qui m'héberge?


J'ai grandi au sein d'une famille pour qui la nature est vitale. Mon père a grandi dans une ferme, au milieu de la campagne. Son chemin et sa volonté l'ont porté loin de sa terre natale. C'est au Mali que ma mère et lui se rencontrent. Autant dire qu'en Afrique la terre et la nature sont sacrées.

Alors, de ces deux racines je suis l'une des pousses.

Ils ont nourri mon terreau en partie avec les éléments suivants: pas de surconsommation, faire avec ce que l'on a sans pour autant se priver, le plaisir reste une notion essentielle, le plaisir et le partage. Peu mais choisir bien, le besoin avant l'envie...une phrase qui revient souvent chez moi auprès de mon aînée qui grandit, qui commence à être confrontée à ses paires et aux envies de son âge.

Le contenu de mon terreau ne s'arrête pas là évidemment mais j'essaie d'amener les éléments avec sens pour ne pas vous perdre dans le flot de mes pensées qui monte.




Le jardin a toujours été présent dans ma vie ainsi que les arbres, les graines à planter et celles pour les oiseaux. Le potager, les fleurs, le temps passé par ma mère dans les pépinières à la recherche de fleurs.

J'ai mis longtemps à comprendre. Enfant, cela m'intéressait peu et m'ennuyait même. C'était surtout visuel et gustatif avant de devenir un essentiel vital aujourd'hui...en tant qu'être humain et maman.


Les évasions hors de notre maison nous menaient dans ce qu'il y avait de plus magique à mes yeux...ce qu'il y A de plus magique...les grands espaces de terre, les dunes, le silence, les réserves naturelles d'animaux sauvages, les nuits étoilées à dormir auprès d'un feu de camp...nous quatre et l'immensité. Nous quatre et rien d'autre.

Des réserves d'eau dans les jerricans, une glacière, des coleman, les jumelles de mon père, sa caméra. J'avoue que parfois, cela m'ennuyait et que je m'inventais des histoires pour ne pas être là-bas ou je pensais aux autres enfants de mon âge qui commençaient à passer beaucoup de temps ensemble. Je ne me sentais pas non plus très à l'aise auprès d'eux. Leurs conversations m'intéressaient mais me semblaient très futiles en même temps...comme des ensembles de mots perdus d'avance, des évidences toutes faites rendant la vie extrêmement triste et inutile.

Là-bas, mon père nous montrait les écorces et les feuilles des arbres pour apprendre à distinguer les espèces (autant de noms scientifiques que je ne retenais pas...je suis plus visuelle...ah bon?), les repères dans le ciel avec les étoiles et les constellations...Orion, Vega, Deneb, Altaïr, le Triangle d'été, Saturne, Venus, Mars, le Cocher, les Pléïades, le Dragon,...l'incontournable Grande Ours et son bébé...Il les trouve avec une précision effrayante, il nous les indique avec un tel aplomb qu'il en est parfois déstabilisant. Oui d'accord...mais je ne suis pas sûre de l'avoir bien repéré...ce n'est pas grave si je ne les trouve pas maintenant...leurs noms sont beaux, leur vue me remplie de quelque chose que je ressens sans même le savoir.

Et puis, nous retournons à la vie...celle du quotidien, du travail, de l'école, des amis, de la société et tout est ok.


Mon corps grandit, ma tête s'emplit de questions...d'une infinité de questions sur l'univers, la terre, la magie, le corps, l'image, l'art, les rêves, les guerres, les différences entre les êtres humains, la colère, la violence, le pourquoi de nos vies, le pourquoi des choses et de cette vie qui est la mienne.

Je parle peu, je me confie peu...je pleure seule et je grandis dans ce corps que petit à petit je n'aime plus, je pleure sur la photo du bébé que j'étais...je ne comprends pas qui je suis ni d'où je viens, ni de quoi je viens.

Mes paires commencent à se maquiller, à avoir les formes de la puberté, elles s'habillent et portent fièrement les attributs de leur âge qui les rendent belles...moi, je me débats avec mes cheveux défrisés qui selon moi ne ressemblent à rien. Ils sont raides, me font une tête bizarre...il y a comme un manque de proportion entre la platitude de ces cheveux (qui ne sont pas miens puisque dénaturés de leur essence) et la rondeur de mon visage...pas d'équilibre...ces cheveux qui ne volent même pas au vent et qui peuvent rester en l'air d'un coup de doigts qui y glissent. Parfois, ces cheveux sont nattés après être restée assise des heures et des heures...et je ne comprends rien...je ressens le maquillage comme un masque, comme une façon de cacher quelque chose.


Ma mère me raconte souvent que je lui arrachais les robes ou les jupes qu'elle me proposait, je les jetais à terre en lui réclamant un pantalon.

Pendant que les amies se faisaient belles...je me cachais à ma façon...le pantalon était mon rempart, il me donnait le sentiment de camoufler ce corps avec lequel je ne parvenais pas à établir de connexion.

J'ai pris du poids, j'ai fait une légère anorexie, j'ai pris du poids...et puis il y a eu un déclic, un rêve qui s'est réalisé à un moment où je ne l'attendais pas...il y a eu un temps de répit, un temps où j'ai réussi à prendre soin de mon corps car de lui dépendait des vies, en lui commençait des vies qui n'avaient rien demander mais auxquelles je pouvais donner le meilleur et pour lesquelles je pouvais éviter bien des mauvais départs en partant de mon expérience. S'auto discipliner pour donner un exemple et faire en sorte que les choses soient le plus simple possible pour eux...mes enfants...alors entre mon corps et moi il y a encore des jeux de je t'aime, je te déteste, je le remercie d'être fort, de me permettre de faire tous les sports que j'aime, de me faire danser, d'être souple, de m'avoir aidé à fabriquer des humains en parfaite santé, de les avoir accompagné naturellement sur terre...et pourtant malgré toutes ces merveilles parfois j'aimerais qu'il soit plus....qu'il soit moins...




Si je reprends le fil de mon histoire...la petite plante que je suis a quitté son milieu naturel, son Afrique pour continuer en France un autre chapitre de vie...heureusement que j'avais mon terreau.

Mes larmes ont gardé ce terreau humide, le corps a continué à vivre des marées hautes et des marées basses et la résilience a fait le reste. Accepter une nouvelle réalité, faire de mon mieux avec d'où je viens et ce que j'avais.

Ce qui m'a le plus aidé à traverser ce désert...? La lune qui me reliait à mes deux racines, ma croyance en une sorte de magie intérieure mais sans être capable de formuler cette sensation, les mots, la poésie, les arbres,...mes démons intérieurs...j'ai raté tant de choses...

Pendant un temps...j'ai oublié beaucoup de mes essentiels...ceux que mes parents m'avaient offert...mes enfants, la vie, les événements, l'appel de mon moi profond (la loba comme l'explique si bien Clarissa Pinkola Estès dans Femmes qui courent avec les loups) ont fait disparaître la marée basse pour me rendre mes vagues, mon mouvement, ma mélodie, ma danse...vagues après vagues, années après années je parviens progressivement à tenir sur ma planche de bois.

Tant de choses ont progressivement changé depuis que je suis maman...l'envie de faire de mon mieux pour eux...être le vrai moi afin d'atteindre cet objectif...ces deux dernières années, j'ai avancé sur mon chemin en essayant d'écouter mon cœur...ce qui n'est pas facile puisque j'ai construit des remparts, des armures...mais j'ai réussi à trouver le chemin d'une salle de danse (malheureusement je n'ai pas pu continuer cette année mais ce n'est que partie remise), les jupes sous le genou et les robes sont devenues mes meilleures alliées, je trouve en elles mon propre mouvement et je ressens une sorte de sensualité que je ne me connaissais pas...mon écriture a enfin trouvé sa place, son rythme, sa confiance sans que ma main ait besoin de cacher mes mots maladroits des regards curieux.

Le yoga Kundalini est entré dans ma vie alors que je feuilletais un article dans un Milk Magazine. Il est arrivé comme une réponse à mes besoins de maman de trois enfants, de femmes, d'amoureuse, d'être humain, d'entrepreneuse fragile, de sportive, d'amie, de fille, de rêveuse, de passionnée, d'artiste...ma pratique en est à ses balbutiements mais elle trouve une résonance dans mon terreau...dans ma constellation...


Ces mots...je les partage parce que ce matin j'ai eu le sentiment que peut-être ma voix était importante...parce qu'ils devaient sortir de ma sphère privée...parce qu'il y a quelque chose de plus grand que moi...et qu'ici et maintenant je peux les offrir. Merci d'être arrivé jusqu'à ce dernier mot et cette image.




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